« Menteur », « PetroCaribe », « Malédiction » : six mots-clés pour comprendre la crise actuelle en Haïti

« Menteur », « PetroCaribe », « Malédiction » : six mots-clés pour comprendre la crise actuelle en Haïti

Depuis le 7 février, Haïti est ébranlée par des dizaines de manifestations qui ont jusque-là fait sept morts. Les routes principales bloquées par les manifestants paralysent l’activité du pays. Pourquoi cette colère populaire a-t-elle explosé ? Éléments de réponses en six mots-clés.

« Menteur »

C’est la première critique adressée au président Jovenel Moïse par les manifestants. Inconnu du grand public avant d’être choisi comme son poulain par le président d’alors Michel Martelly (ancienne star du carnaval haïtien), il a été élu lors des dernières élections de fin 2016. Dès sa campagne électorale, il avait multiplié les promesses populistes intenables. Deux ans après son élection, les habitants des quartiers les plus pauvres ne supportent plus d’avoir une nouvelle fois été bernés.

« Faim »

La première revendication des manifestants est de pouvoir manger. Près de 60% de la population vit sous le seuil de pauvreté (2,13€ par jour). Les plus pauvres sont aujourd’hui dans l’incapacité d’acheter suffisamment de nourriture à cause d’une inflation annuelle de 15% depuis 2016 et aussi car la monnaie nationale, la gourde, perd quotidiennement de la valeur, ce qui ne fait que monter les prix des denrées alimentaires, majoritairement importées dans le pays le plus pauvre du continent américain.

« Jeunesse »

Dans la rue ou sur les réseaux sociaux, la contestation vient des jeunes. Plus de la moitié de la population haïtienne a moins de 25 ans. Face à la corruption et au clientélisme de la classe politique dominée par les plus âgés, beaucoup de jeunes n’ont que l’exil comme espoir : par la voie légale, plus de 165 000 Haïtiens ont migré au Chili ces quatre dernières années. Ils tentent la traversée en bateau de fortune, se font souvent arrêter par les gardes-côtes américains ou finissent par couler. Une trentaine d’Haïtiens sont ainsi morts le mois dernier au large des Bahamas.

« PetroCaribe »

Du nom du programme d’aide que le Venezuela a signé avec Haïti et plusieurs pays de la Caraïbe. Depuis 2008, ce sont près de 2 milliards de dollars américains qui ont été mal gérés sinon probablement détournés par les gouvernements haïtiens successifs. À l’été 2018, des jeunes ont lancé sur Twitter le #PetrocaribeChallenge pour exiger la transparence dans la gestion de ce fonds. Selon un premier rapport de la Cour des comptes haïtienne, publié fin janvier, une quinzaine de ministres sont épinglés, pour des contrats bancals signés avec des dizaines d’entreprises, dont deux ayant appartenu à l’actuel président Jovenel Moïse.

 

« Korypsion »

Depuis quelques années, Haïti semble condamnée à subir la corruption (korypsion en créole local) de ses élites. Elle est parmi les plus mauvais élèves de la planète, 161e sur 180 au classement de Transparency International, logée entre la RDC et le Turkmenistan. L’affaire Petrocaribe est considérée comme le plus important scandale de corruption qu’ait connu Haïti, même si déjà sous la dictature de Jean-Claude Duvalier (1971-1986), « Baby doc » -surnom du président d’alors- aurait détourné quelques 100 millions de dollars à des fins personnelles. Duvalier est décédé en 2014 avant que son procès pour « crime contre l’humanité » ne puisse se tenir.

« Malédiction »

Outre les différentes affaires de corruption, les Haïtiens sont confrontés à des drames depuis plusieurs années. Des catastrophes naturelles d’une part, avec de nombreux séismes meurtriers au fil des siècles, dont celui de janvier 2010 qui a fait 200 000 morts, ou des ouragans récurrents. Le dernier en date, le plus ravageur, Matthew, remonte à 2016, coûtant la vie à 372 personnes. S’ajoutent également des pluies diluviennes régulières ou des périodes de sécheresse. Les drames sanitaires, d’autre part, s’ajoutent à cette douloureuse liste. Depuis le séisme de 2010, une épidémie de choléra sévit en Haïti. 10 000 personnes ont perdu la vie, 800 000 ont été contaminées.

Mais ces « malédictions », ne sont pas dues à un mauvais sort. Mais plutôt à une mauvaise gestion du pays depuis l’Indépendance de 1804 ou encore à l’influence de pays tiers. Les forêts rasées alors qu’elles protègent des ouragans en sont un des exemples, tout comme l’épidémie de choléra de 2010, provoquée par des soldats népalais de l’ONU.

franceinter.fr

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