Le deuil est une route parsemée d’écueils

Le deuil est une route parsemée d’écueils

Lauréat du Prix Robert-Cliche 2023, le roman La rumeur du ressac est un voyage mouvementé à travers le deuil, une touchante dyade père-fille pour laquelle l’autrice Line Richard a puisé dans ses souvenirs et s’est laissée guider par des moments tant banals qu’inspirants.

« C’est comme si, en moi, il y a plein d’images qui se révèlent tranquillement et, éventuellement, il y a une histoire qui se dessine et qui cogne à la porte », nous explique l’écrivaine originaire de la Gaspésie, qui a remporté cette année le prix qui récompense depuis 1979 l’auteur d’un premier roman, tous genres confondus.

Le résultat de sa démarche très organique est un livre brillamment écrit qui a séduit le jury formé de la journaliste Manon Dumais, de l’autrice Kiev Renaud et du libraire Shannon Desbiens. Pendant 184 pages qu’on tourne impulsivement, on suit Léa et son père, Martin, à travers un long voyage dans l’Ouest canadien dans lequel ils sont accompagnés des cendres de Suzanne, mère de la jeune fille qui s’est subitement donné la mort.

« Roman du deuil et du souvenir, La rumeur du ressac dit également la force, tour à tour lente et tumultueuse, de la réinvention de soi et de la rencontre de l’autre. Line Richard a donné à son écriture un rythme qui épouse leur mouvement continuel », notent les membres du jury.

Survivre à Suzanne

L’autrice, qui habite dans la Baie-des-Chaleurs, travaille comme guide-interprète à Percé depuis 2015. « Je regarde les paysages avec mes yeux de naturaliste, nous dit-elle. Je vois vraiment les détails, j’entends les chants d’oiseaux, le bruit de la mer. Je porte une attention particulière aux détails, c’est certain. » Cette sensibilité aux humeurs de la terre se traduit dans son écriture par des descriptions poétiques et des correspondances imagées entre les mouvements de la nature et les émotions des personnages.

Et justement, la première partie du roman s’articule autour d’un périple d’un bout à l’autre du Canada, ce que Line Richard a souvent fait dans sa vie. « La vastitude des prairies, l’Ouest canadien et ses montagnes : ces territoires-là sont ancrés en moi », exprime-t-elle. Cette traversée s’accorde à merveille avec l’évolution des personnages, que ce voyage va énormément changer.

À mesure qu’ils traversent le Canada, il y a une transformation intérieure qui se fait, ils rencontrent des gens bienveillants qui les aident, et leur arrivée aux îles Charlotte en traversier, c’est un peu comme l’aboutissement du deuil.

Line Richard, autrice

Même si le récit est celui du tandem père-fille, c’est le personnage de Suzanne qui est venu à l’esprit de la principale intéressée en premier lieu. « La première étincelle pour ce roman-là, c’était à l’automne 2016, se rappelle-t-elle. J’étais allée à Montréal et dans un café bondé de monde, une jeune fille était en train d’interpréter Suzanne de Leonard Cohen sur une petite scène. Ce moment-là m’a inspiré ce personnage d’artiste qui finit par se perdre un peu dans ses chimères… » S’en est suivi un travail de délicate broderie littéraire autour de cette amorce.

Un monde plus vaste qu’un dépanneur central

Malgré les vertus guérisseuses de leur odyssée, la vague frappe à nouveau, quelques années plus tard, par des chemins détournés. « Le deuil vient éventuellement rattraper Léa et Martin, c’est un peu ça, le ressac du titre », explique Line Richard.

Dans cette deuxième partie, leurs chagrins respectifs prennent des formes différentes, plus individuelles. Ils se sont installés à Saint-André-sur-Mer – « un amalgame de villages de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent que j’ai croisés dans ma vie » –, où Martin s’est acheté un dépanneur sur un coup de tête, après leur voyage dans l’Ouest.

Mais inévitablement, ils finissent par sentir monter une envie de liberté, une envie d’en finir avec cette interdépendance, qui est finalement peut-être un peu malsaine, malgré l’amour qu’ils se portent.

« Léa veut gagner son autonomie, et ça va leur permettre à tous les deux de faire un bout de leur côté. On a souvent des portraits de pères absents en littérature, mais là, c’est le contraire, fait remarquer Line Richard. C’est comme si Martin avait tenté de compenser l’absence de la mère en étant trop présent auprès de sa fille. »

Comment arriveront-ils à compléter leur cheminement intérieur en existant différemment ? Nous n’en révélerons pas plus. Disons simplement qu’ils découvriront que le monde est plus vaste que l’ancre que représentait leur dépanneur central…

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