La littérature haïtienne, au bout du monde

La littérature haïtienne, au bout du monde

La littérature haïtienne, au bout du monde

« La littérature, c’est l’expérimentation sur le langage » (Michel Butor). Alors, c’est quoi le langage ? Le dictionnaire me dit qu’il s’agit de la « Faculté d’expression que possède l’homme. Elle lui permet de communiquer sa pensée grâce à la parole ou l’écriture ». Dans ce sens, dirait-on, langage est synonyme de langue. Voilà tout l’intérêt du débat enclenché par Urbain Joseph quant à la problématique de la littérature haïtienne surplombée de collections d’œuvres d’expression anglaise et espagnole produites par des émigrés haïtiens ou des descendants d’immigrés haïtiens, mais ignorées par la société haïtienne. Sujet intéressant. Débat très animé sur facebook.

« La question, faut-il seulement considérer les productions littéraires haïtiennes en langues Créole et Française comme parts intégrantes de la littérature haïtienne, et ignorer de riches collections d’œuvres d’expression anglaise et espagnole produites par des émigrés haïtiens ou des descendants d’immigrés haïtiens? Difficile question. En tout cas, dépendamment de la politique culturelle du pouvoir en place, une seule option est possible parmi les deux: ignorer les textes en langues étrangères ou les revendiquer. Au cas où l’Etat haïtien aurait pensé à revendiquer ces productions en langues étrangères, une traduction, au préalable, des ces textes dans, au moins, l’une des deux langues officielles du pays, au départ, est recommandée », a écrit Urbain.

Le meilleur choix consisterait à revendiquer toutes les productions littéraires. C’est ce que pense Bien Hérard. « Plus de 200 ans de politique d’exclusion, voici où nous en sommes en 2020. Le temps est venu d’être plus inclusif. Embrassons tout ce qui est positif peu importe d’où ils viennent. Au lieu de rejeter les productions littéraires publiées en langues étrangères, il vaut mieux d’enseigner les langues étrangères dans nos écoles. Notre future génération serait mieux placée sur le marché mondial de l’emploi. La langue anglaise est la clé de toutes les portes de communication », a écrit Hérard montrant clairement que Haïti a tout à perdre dans une politique de rejet de productions littéraires haïtiennes publiées en langues étrangères. Ceux qui sont de cet avis pourraient dire par analogie que la sélection nationale de football compte dans ses rangs pas mal de joueurs ayant eu très peu de chance de visiter Haïti et qui ne comprennent nullement le créole. Pourtant, ils contribuent à rehausser le bicolore national un peu partout dans le monde. Ça fait l’affaire de tous les haïtiens  qui s’en réjouissent.

Cependant, d’autres questions pertinentes restaient à poser. « Quand est ce qu’une production littéraire est haïtienne? Est-ce la langue qui détermine l’haïtiannité? Qu’est ce qui fait la différence entre une œuvre haïtienne et une œuvre martiniquaise ou française? Les œuvres d’Edwige Danticat sont elles moins haïtiennes que celles de Louis Phillipe Dalembert? Ces questions successives sont soulevées naturellement par Abel Pierre. Avez-vous des réponses convaincantes à ces questions ?

« Je ne veux nullement conjecturer autour de ces questions quoique j’aie beaucoup d’idée là-dessus. Il revient plutôt aux dirigeants de: 1) définir leur politique culturelle en mettant en évidence leur vision, leurs objectifs et les stratégies à mettre en place pour faire aboutir leurs objectifs 2) définir l’expression-concept « production littéraire haïtienne » 3) identifier les paramètres faisant d’une œuvre littéraire une œuvre haïtienne », a répondu Urbain Joseph ne soulevant nullement les applaudissements de Abel Pierre.

« Soyons sérieux, ce n’est pas à l’Etat de déterminer si une œuvre est haïtienne ou pas à coup de lois. Cette tâche revient à la société. Que peut-on espérer d’une société basée sur le rejet de tout ce qui est haïtien comme étant du diable? », a rétorqué Abel. Et vous ? Qu’en pensez-vous ?

Vous aurez certainement l’occasion de participer à ce débat fructueux. Avant de partager votre point de vue avec nous lisez un peu cette citation : « Tout de même la littérature est une affaire sérieuse, pour un pays, elle est, au bout du compte, son visage. Et de temps en temps, il faut bien en faire le point. De temps en temps, il faut puiser dans cette immense paperasse, et lever très haut certains livres, pour dire, ceci ne mourra point. Non pour le plaisir d’affirmer, faire le malin, le renseigné. Mais pour aider que cela survive (Louis Aragon).

Hudler Joseph

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Présent dans le pays depuis près de 10 ans, cet organe de production et d’information tente de présenter une facette différente d’Haïti. Spécialisé, au départ, dans la production d’émissions, Haïti Infos Plus est disponible aujourd’hui sur la toile.

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