En Haïti, le foot pour amputés est source de fierté

En Haïti, le foot pour amputés est source de fierté

Ils veulent rapporter la Coupe du monde à la maison: les joueurs de la sélection haïtienne de football pour personnes amputées, une version handisport apparue après le terrible tremblement de terre de 2010, sont aussi déterminés à faire changer les mentalités sur le handicap.

Les joueurs sont en pleine préparation. Bien loin de la médiatique compétition pour athlètes valides, la Coupe du monde de football pour amputés va se tenir au Mexique du 24 octobre au 6 novembre et, au sein des sélections qualifiées, Haïti compte parmi les grandes équipes.

« On a gagné contre les États-Unis en Copa América, on a aussi déjà battu l’Allemagne, la Russie, l’Italie », énumère l’entraîneur Pierre Rochenel. « Comme ça se joue à sept, sur un terrain plus petit, le foot amputé est très exigeant sur le plan technique », affirme-t-il en bord du terrain où le ballon circule rapidement sans jamais toucher une béquille.

Si le foot est le sport roi en Haïti, la version handisport n’a vu le jour qu’après le terrible séisme de janvier 2010.

Ce tremblement de terre a non seulement causé la mort de plus de 200.000 personnes mais il en a blessé plus de 300.000 autres dont au moins 4.000 ont été amputées. A l’époque, ce nombre de chirurgies avait suscité la polémique au sein de la communauté médicale dénonçant « une médecine de guerre » pratiquée par certains urgentistes.

Face aux dures stigmatisations auxquelles sont confrontées les personnes handicapées au sein de la société, l’association haïtienne de football amputé a été créée pour remotiver ces blessés, devenus notamment unijambistes.

« Ici, des gens cachent encore leurs proches handicapés dans leurs maisons » regrette Ariel Valembrun, président de l’association.

« Mais quand ils voient l’équipe sur le terrain, les gens n’en reviennent pas. Partout on l’on passe, le public applaudit et voit combien ce qu’on fait est bon pour la communauté handicapée » sourit l’homme, lui même amputé d’un bras.

-« Envie de vivre »-

Handicapé de naissance, Alain Israël a grandi dans la deuxième ville du pays, Cap-Haïtien, en subissant discriminations et dénigrements. A 27 ans aujourd’hui, il vit son handicap avec une assurance inébranlable.

« Les gens pensent aux efforts qu’ils ont à faire pour pouvoir bien jouer au foot alors me voir moi, handicapé, au début ils n’y croient pas », s’amuse le joueur.

« J’en avais vraiment marre du regard des gens dans la rue mais là, quand tout le monde me regarde sur le terrain, je me sens fier: ça me donne plus envie de vivre », confie Alain.

La motivation des athlètes amputés dépasse le simple cadre du handicap et vise à promouvoir l’égalité entre citoyens au sens large.

Si déjà plus de 47 pays comptent une sélection masculine de football amputé, seuls deux ont une équipe féminine: le Mexique et Haïti.

Que son pays, par ailleurs toujours dominé par une culture machiste, soit pour une fois en avance à l’échelle internationale procure une fierté sans pareil à Marie-Sophonie Louis.

« Déjà peu de filles valides jouent au foot ici. 90% de nos joueuses sont des victimes du séisme du 12 janvier. C’est un message fort pour toutes les femmes valides du pays et à l’étranger: pourquoi vous mettez vous en retrait? Vous êtes capables de beaucoup et rien ne vous est impossible », sourit la bénévole qui entraîne l’équipe féminine.

-Aucun soutien de l’État-

Tous les joueurs et les membres de l’association de foot amputé font preuve d’autant de motivation et de volonté que les soutiens techniques et financiers se font extrêmement rares.

« On a quelques partenaires privés, des médias qui nous soutiennent mais rien de l’État », dénonce Ariel Valembrun qui partage temporairement sa modeste maison avec 18 joueurs, le temps de la période de préparation.

Multiplier les appels pour disposer d’un bus pour se rendre à un stade à l’autre bout de la capitale, mobiliser tous azimuts pour que les joueurs reçoivent à temps leur passeport: l’équipe et le personnel encadrant ne demandent que le minimum et surtout pas de charité.

Alain Israël roule des yeux quand il entend parler d’intégration.

« Nous ne sommes pas en dehors de la société. Oui, il arrive que des gens aient des déficiences mais c’est le regard et le comportement de la société qui font qu’on se retrouve en situation de handicap », conclut avec conviction le jeune joueur, qui rêve de brandir la Coupe du monde à Mexico.

martinique.franceantilles

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