Créer des systèmes alimentaires plus résilients et qui profitent à tous

Créer des systèmes alimentaires plus résilients et qui profitent à tous

Agnes Kalibata, ancienne ministre rwandaise de l’Agriculture, a été chargée de diriger le tout premier Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires. Dans entretien accordé à ONU Info, elle explique sa vision d’un système international transformé, plus résilient, plus juste et moins nocif pour la planète.

Les systèmes alimentaires impliquent toutes les étapes qui mènent au moment où nous consommons des aliments, y compris la façon dont ils sont produits, transportés et vendus. Lors de la présentation d’une note d’orientation sur la sécurité alimentaire en juin, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a mis en garde contre une « urgence alimentaire imminente », à moins que des mesures immédiates ne soient prises.

Mme Kalibata a déclaré à ONU Info que son engagement à améliorer les systèmes alimentaires était étroitement lié à sa jeunesse de fille de réfugiés.

« Je suis née dans un camp de réfugiés en Ouganda, parce que mes parents rwandais ont été contraints de quitter leur maison à l’époque de l’indépendance coloniale au début des années 1960.

Grâce au Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), on nous a donné des terres, ce qui a permis à mes parents de cultiver, d’acheter quelques vaches et de gagner assez d’argent pour m’envoyer mes frères et sœurs à l’école. Cela m’a permis de découvrir directement comment l’agriculture, dans un système alimentaire fonctionnel, peut offrir d’énormes opportunités aux communautés de petits exploitants.

Je m’en suis souvenue quand je suis finalement retournée au Rwanda, en tant que ministre de l’Agriculture, travaillant avec les petits exploitants et les voyant saisir toutes les occasions de changer leur vie. Ce fut probablement la période la plus enrichissante de ma vie.

Mais j’ai aussi vu ce qui peut arriver lorsque des menaces comme le changement climatique, les conflits et plus récemment, une pandémie comme la Covid 19, frappent les agriculteurs du monde entier, en particulier ceux qui sont de petits exploitants, comme mes parents l’étaient.

En tant que fille d’agriculteurs, je comprends à quel point les gens peuvent souffrir à cause des systèmes qui s’effondrent. Je pense souvent que moi-même et d’autres enfants d’agriculteurs de mon âge qui ont réussi leur scolarité, avons été les plus chanceux parce que le changement climatique frappe le plus durement les petits agriculteurs, détruisant leur capacité à faire face.

Mon expérience m’a montré que, lorsque les systèmes alimentaires fonctionnent bien, l’agriculture peut offrir d’énormes opportunités aux communautés de petits exploitants. Je suis un produit de systèmes alimentaires fonctionnels et je suis pleinement convaincue de la puissance des systèmes alimentaires pour transformer la vie des ménages et des communautés de petits exploitants et apporter des changements à des économies entières.

Je suis extrêmement passionnée par l’élimination de la faim de notre vivant : je pense que c’est un problème qu’on peut résoudre. Je ne comprends pas pourquoi 690 millions de personnes se couchent encore le ventre vide, parmi tant d’abondance dans notre monde, et avec toutes les connaissances, la technologie et les ressources.

Je me suis donnée pour mission de comprendre pourquoi c’est le cas et comment nous pouvons surmonter les défis que nous observons. C’est pourquoi j’ai accepté avec plaisir l’offre du Secrétaire général de l’ONU d’être son Envoyée spéciale pour le Sommet sur les systèmes alimentaires.

Pourquoi les systèmes alimentaires doivent changer

Les systèmes alimentaires d’aujourd’hui ne répondent pas à ce dont nous avons besoin en tant que personnes. La cause du décès d’une personne sur trois dans le monde est liée à ce qu’elle mange. Deux milliards de personnes sont obèses, 1.000 milliards de dollars de nourriture sont gaspillés chaque année, et pourtant des millions de personnes ont encore faim.

Les systèmes alimentaires ont un impact sur le climat. Ils sont responsables d’environ un tiers des émissions nocives de gaz à effet de serre qui provoquent le changement climatique, qui interfère massivement dans notre capacité à produire des aliments, bouleverse la vie des agriculteurs et rend les saisons plus difficiles à prévoir.

Nous avons accumulé beaucoup de connaissances sur les choses que nous faisons mal, et nous avons la technologie pour nous permettre de faire les choses différemment et mieux. Ce n’est pas sorcier : il s’agit surtout d’engagement politique en faveur du changement et de mobilisation des énergies.

La principale dynamique derrière le Sommet sur les systèmes alimentaires est le fait que nous sommes en retard sur tous les objectifs de développement durable (ODD) qui ont trait aux systèmes alimentaires, principalement mettre fin à la pauvreté et à la faim, et à l’action pour le climat et l’environnement.

Nous voulons utiliser le Sommet pour galvaniser et impliquer les gens, en les sensibilisant à ce qui ne marche pas et à ce que nous devons changer; pour reconnaître que nous sommes bien loin des ODD et pour relever nos ambitions; et pour garantir des engagements fermes dans des actions qui transformeront en mieux nos systèmes alimentaires actuels.

Le système des Nations Unies fait déjà beaucoup de travail dans ce domaine et nous avons rassemblé plusieurs agences et organes pour soutenir le Sommet.

Nous avons formé un groupe de travail des Nations Unies pour canaliser la recherche existante, afin que rien ne passe entre les mailles du filet. Ce groupe travaillera en étroite collaboration avec un groupe d’experts que nous avons réuni, qui examine les données scientifiques mises en commun par des institutions du monde entier. En même temps, nous examinons les systèmes alimentaires nationaux, pour voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

Nous allons mettre en commun toutes les informations, preuves et idées que nous recevons et créer une vision pour un futur système alimentaire qui profite à tous ».

Les objectifs du sommet

Le Sommet sur les systèmes alimentaires de 2021 réunira le système des Nations Unies et les principaux dirigeants dans les domaines liés à l’alimentation, afin de mettre les systèmes alimentaires en conformité avec les objectifs du Programme de développement durable à l’horizon 2030, le plan directeur des Nations Unies pour un avenir meilleur pour les personnes et la planète.

Les principales pistes d’action du sommet visent à garantir une alimentation saine et nutritive pour tous; à passer à des modes de consommation durables; à stimuler une production positive pour la nature; à promouvoir des moyens de subsistance équitables; et à renforcer la résilience aux vulnérabilités, aux chocs et aux stress.

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