Comment le Gwo-ka guadeloupéen est-il devenu le symbole de la révolte contre l’esclavage ?

Comment le Gwo-ka guadeloupéen est-il devenu le symbole de la révolte contre l’esclavage ?

Àl’occasion de la journée de commémoration de l’abolition l’esclavage en Guadeloupe, nous vous proposons d’écouter sous la forme originale d’un podcast la définition du mot : Gwoka (ou Gwo-ka) . Avec le comédien Yao Louis découvrez la lettre G de l’Abécédaire des Outre-mer.

G comme… Gwo-ka

Si vous entendez des tambours, des chants créoles, des « Répondè », des « Waka « des mains, pas de doute vous êtes en Guadeloupe ! C’est du « Gwo-Ka » !  Un art emblématique de la culture guadeloupéenne. C’est une combinaison artistique mêlant les percussions, le chant et la danse. Trois langages qui dialoguent dans des prestations envoûtantes.  

Musiciens jouant du gwoka et danseuses à Petit canal en Guadeloupe en 2015
Musiciens jouant du gwoka et danseuses à Petit canal en Guadeloupe en 2015 • ©NICOLAS DERNE / AFP

Une musique envoûtante 

Le « Gwoka » accompagne fréquemment les festivités, les manifestations sociales et politiques, les cérémonies. On le retrouve aussi lors de soirées en plein air appelées « Léwoz ». Le public forme alors une ronde autour du groupe composé d’au moins trois tambours. Le plus petit aux sons aigus qu’on appelle « Markè », a un rôle de soliste.

Puis les deux gros tambours appelés « boulas » aux sons basse-médium ont pour rôle d’assurer les rythmes : « Kaladja », « Menndé », « Léwoz », « Padjanbèl », « Woulé », »Graj3″, « Toumblak » etc… 

Revenons à la ronde du Léwòz : au centre, place aux danseuses et danseurs qui laissent leurs corps s’exprimer. Chaque rythme évoque une émotion particulière : la joie, l’amour, la peine, la souffrance… Autant d’émotions directement liées aux origines de cet art.

Le Code Noir, Musée d'histoire de Nantes, Nantes, France
Le Code Noir, Musée d’histoire de Nantes, Nantes, France • ©MANUEL COHEN / AFP

Au temps de l’esclavage 

Le « Gwo-Ka » est apparu en Guadeloupe au temps de l’esclavage. Dès le 17e siècle, il a été un moyen, d’expression, de communication, et de résistance pour celles et ceux ramenés de force d’Afrique. Le samedi soir, les esclaves se réunissaient pour jouer, chanter et danser aux sons des tambours. Pour les hommes et femmes esclavisés, le « Gwo-Ka  » était une parenthèse d’espoir et de liberté. Les tambours retentissaient aussi pour les rassemblements clandestins et les révoltes contre les maîtres.  

D’ailleurs dans le Code Noir de 1685, promulgué sous Louis XIV, la pratique du « Gwo-Ka » était interdite sous peine de punition corporelle ou même de mort. C’est ainsi que fut inventé par les esclaves « Le Boulaguèl » afin de reproduire avec la bouche les sons des tambours. 

Fabrication d'un tambour Ka à Grande-Terre en Guadelopue
Fabrication d’un tambour Ka à Grande-Terre en Guadelopue • ©BRUSINI AURELIEN / HEMIS.FR / HEMIS.FR

Réapparition dans les années 60

Après la période esclavagiste, le « Gwo-Ka » a survécu. Mais il est longtemps resté mal vu dans la société guadeloupéenne, estimé comme une musique à « Vyé Nèg  » – musique de mauvais nègre. Il était surtout entendu à la campagne, dans les milieux les plus populaires. C’est à la fin des années 1960 que les tambours sont ressortis de l’ombre grâce aux grands Maîtres-Ka dont le plus célèbre est Marcel Lollia dit « Vélo ». N’oublions pas aussi les Maîtres du Chant. 

Reconnaissance mondiale   

Puis le « Gwo-Ka » s’est modernisé, incorporant des instruments mélodiques et harmoniques. Et il faut aussi parler d’une révolution interne initiée par Man Soso dans les années 1990 : des Guadeloupéennes ont décidé que leur rôle ne se cantonnerait plus à la danse et aux chœurs. Des formations exclusivement féminines sont nées. Puis des écoles. Le 26 Novembre 2014, le « Gwo-Ka  a conquis la scène mondiale en rejoignant la liste du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité établi par l’UNESCO.  Une belle revanche pour le Gwo-Ka ! .  

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