Au moins 200.000 Palestiniens déplacés à l’intérieur de la bande de Gaza, selon l’ONU

Au moins 200.000 Palestiniens déplacés à l’intérieur de la bande de Gaza, selon l’ONU

Le nombre de personnes déplacées s’est considérablement accru dans la bande de Gaza au cours des dernières 24 heures, ont indiqué mardi des agences humanitaires des Nations Unies, qui restent extrêmement alarmées par ces événements qui s’aggravent rapidement.

Plus de 137.000 civils réfugiés dans les écoles de l’UNRWA

En outre, les agences humanitaires onusiennes estiment que plus de 40.000 personnes déplacées, dont les maisons ont été détruites ou endommagées, sont hébergées par des parents et des voisins. « Les déplacements massifs se sont intensifiés au cours des dernières 24 heures dans la bande de Gaza, et on s’attend à ce qu’ils augmentent encore », a déclaré lors d’un point de presse régulier de l’ONU à Genève, Jens Laerke, porte-parole d’OCHA. 

Alors que les frappes aériennes intenses se poursuivent, de plus en plus de personnes déplacées cherchent donc à s’abriter dans les écoles de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). Au total, 137.427 personnes ont trouvé refuge dans les 83 écoles gérées par l’UNRWA. 

« Tous les efforts sont faits pour fournir des services de base aux personnes déplacées. Cependant, les conditions sont difficiles, certains abris étant surpeuplés et l’accès à l’eau potable étant limité », a déclaré depuis Amman (Jordanie), Tamara Alrifai, Directrice des relations extérieures et de la communication d’UNRWA, rappelant que les 83 écoles ne sont pas toutes désignées comme des abris d’urgence et ne sont donc pas prêtes à accueillir les personnes déplacées internes.

Depuis lundi soir, les rapports israéliens indiquent que plus de 900 Israéliens, y compris des ressortissants étrangers, ont été tués. Au moins 2.616 personnes ont été blessées, selon le ministère de la Santé en Israël. 

Dans le même temps, selon le ministère de la Santé à Gaza, au moins 687 Palestiniens ont été tués et 3.800 autres blessés. En Cisjordanie, 17 autres Palestiniens, dont quatre enfants, ont été tués et 295 ont été blessés.

D’une manière générale, les enfants palestiniens et israéliens continuent de payer un lourd tribut à la suite de cette flambée de violence.  Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), des centaines d’enfants israéliens et palestiniens ont été tués et de nombreux autres blessés au cours des dernières 72 heures. 

« Nous appelons toutes les parties à ne pas prendre les enfants pour cible et à prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer leur protection pendant les hostilités », a affirmé James Elder, porte-parole de l’UNICEF.  

Plus de 400.000 personnes privées d’eau dans la ville de Gaza

Par ailleurs, la destruction des infrastructures et des rues a entravé les déplacements de la protection civile et des équipes médicales qui tentent d’atteindre les victimes. Selon le ministère des Travaux publics et du logement de Gaza, 790 logements ont été détruits et 5.330 ont été gravement endommagés. 

Le bureau local de l’UNRWA à Gaza, où le personnel national et international est présent, a subi des dommages collatéraux dus à des frappes aériennes dans la zone de Rimal, au centre de la ville de Gaza.  Au total, 18 installations de l’agence onusienne ont été touchées depuis le 7 octobre.

Des dommages supplémentaires aux infrastructures essentielles ont été signalés dans toute la bande de Gaza. Depuis le début de l’escalade, les frappes aériennes israéliennes ont endommagé trois installations utilisées pour l’eau, l’assainissement et l’hygiène, compromettant la fourniture de services à plus de 400.000 personnes dans la ville de Gaza et dans la zone nord de la bande de Gaza.

Sur le terrain, les autorités israéliennes ont continué à imposer de multiples restrictions de circulation, y compris la fermeture de plusieurs points de contrôle et le blocage des entrées des villes de Cisjordanie.

Attaques menées contre des établissements de santé à Gaza

Selon les agences humanitaires de l’ONU, 13 attaques ont été menées contre des établissements de santé dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre. Ces attaques ont fait six morts parmi les travailleurs de la santé, quatre blessés, et ont touché huit établissements de santé et neuf ambulances.

Quinze des 22 centres de santé de l’UNRWA dans la bande de Gaza ont recommencé à fournir des services de soins de santé primaires de 9h00 à 12h00 aux patients ayant un rendez-vous urgent. Le traitement est assuré pour les maladies non transmissibles et les cas critiques en ambulatoire.

125 membres du personnel de santé (13,5% de l’ensemble du personnel de santé) se relaient dans les centres de santé. Les services de soins de santé d’urgence par le biais de la ligne téléphonique gratuite se poursuivent dans toutes les zones. 

Sur le plan alimentaire, la surveillance des magasins montre une diminution des approvisionnements en produits alimentaires de base. Cette enquête rapide fait état d’une baisse de plus de 50% du blé et de 40% des légumes. Dans le même temps, le tiers des magasins ont déclaré que leurs stocks de blé ne dureraient qu’une semaine.

L’OMS demande un corridor humanitaire vers Gaza 

C’est dans ce contexte que près d’un demi-million de personnes (112.000 familles) n’ont pas pu recevoir leurs rations alimentaires cette semaine, les centres de distribution de l’UNRWA étant fermés. Mais grâce au Programme alimentaire mondial (PAM), du pain a été distribué aux personnes déplacées dans les abris.

Cette situation humanitaire préoccupante intervient alors que les autorités israéliennes ont décidé le siège total de Gaza. Selon l’UNICEF, cela ajoutera une nouvelle couche de souffrance à la catastrophe actuelle à laquelle sont confrontées les familles de Gaza. 

« Le fait de priver les enfants d’accès à la nourriture et aux services essentiels met leur vie en danger, tout comme les attaques contre les zones et les infrastructures civiles », a fait valoir James Elder, porte-parole de l’UNICEF.

Dans la foulée, l’Agence sanitaire mondiale de l’ONU (OMS) a demandé un corridor humanitaire vers Gaza. « Un couloir humanitaire est nécessaire pour acheminer les fournitures médicales essentielles aux populations L’OMS y travaille avec des agences partenaires. », a indiqué Tarik Jasarevic, porte-parole de l’OMS.

Plus largement, les Nations Unies et leurs partenaires humanitaires s’efforcent de répondre aux besoins aigus, en particulier en matière d’abris, dans des circonstances dangereuses. Cependant, l’accès du personnel et des fournitures humanitaires à Gaza a également été coupé et l’intensité des hostilités limite la capacité du personnel à acheminer l’aide.

Alors que la situation sécuritaire et humanitaire continue de s’aggraver, l’ONU invite toutes les parties à se conformer aux obligations qui leur incombent en vertu du droit humanitaire international.

« Toute personne capturée ou détenue, y compris les combattants, doit être traitée avec humanité et dignité. Tous les acteurs concernés doivent permettre aux équipes et aux biens humanitaires d’atteindre immédiatement et en toute sécurité les centaines de milliers de personnes dans le besoin », a fait valoir Lynn Hastings, Coordinatrice humanitaire de l’ONU pour les Territoires palestiniens occupés.

Le siège « total » de Gaza est « interdit » par le droit international humanitaire

De son côté, le Bureau des droits de l’homme de l’ONU rappelle que le siège total de la bande de Gaza, annoncé lundi par le ministre israélien de la Défense, est «interdit» par le droit international humanitaire. Selon l’ONU, cette mesure risque d’aggraver sérieusement la situation déjà désastreuse des droits de l’homme et de l’aide humanitaire à Gaza, notamment en ce qui concerne la capacité des installations médicales à fonctionner, surtout si l’on considère le nombre croissant de blessés. 

« L’imposition de sièges qui mettent en danger la vie des civils en les privant de biens essentiels à leur survie est interdite par le droit international humanitaire. Toute restriction à la circulation des personnes et des biens pour mettre en œuvre un siège doit être justifiée par des nécessités militaires ou peut, dans le cas contraire, constituer une punition collective », a déclaré le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk dans un communiqué.

Face à cette nouvelle escalade, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH) a appelé les Etats influents à désamorcer la situation de « poudrière » en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, alors que des souffrances incalculables et un nombre considérable de morts sont à déplorer. 

Discours de haine alimentant l’antisémitisme et l’islamophobie

Le chef des droits de l’homme s’est dit profondément préoccupé par la montée en flèche des discours de haine et des incitations à la violence depuis samedi, qui alimentent l’antisémitisme et l’islamophobie dans la région et dans le monde.

Sur un autre plan, le Haut-Commissaire s’est dit « profondément choqué et consterné » par les allégations d’exécutions sommaires de civils et, dans certains cas, d’horribles massacres perpétrés par des membres de groupes armés palestiniens. Il a appelé les groupes armés palestiniens à libérer immédiatement et sans condition tous les civils qui ont été capturés et qui sont toujours détenus. 

De plus, les informations recueillies par le Bureau des droits de l’homme des Nations Unies indiquent que les opérations aériennes israéliennes ont également touché de grandes tours résidentielles dans la ville de Gaza et d’autres bâtiments résidentiels dans la bande de Gaza, des écoles et des locaux de l’UNRWA, faisant des victimes civiles.

« Le droit international humanitaire est clair : l’obligation de veiller constamment à épargner la population civile et les biens de caractère civil reste applicable tout au long des attaques », a déclaré M. Türk. « Les principes de distinction et d’interdiction des attaques aveugles ou disproportionnées sont primordiaux ».

Une commission d’enquête recueille des preuves de crimes de guerre

Dans un autre communiqué publié ce mardi, la Commission d’enquête internationale indépendante des Nations Unies sur le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et Israël estime qu’il existe déjà des preuves évidentes que des crimes de guerre, qui ont pu être commis lors de la dernière explosion de violence en Israël et à Gaza. Selon ces enquêteurs mandatés par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, « tous ceux qui ont violé le droit international et pris des civils pour cible doivent être tenus responsables de leurs crimes ».

La Commission recueille et conserve les preuves des crimes de guerre commis par toutes les parties depuis le 7 octobre 2023, date à laquelle le Hamas a lancé une attaque complexe contre Israël et où les forces israéliennes ont riposté par des frappes aériennes à Gaza. La Commission exhorte les forces de sécurité israéliennes et les groupes armés palestiniens à respecter strictement le droit international humanitaire et le droit international des droits de l’homme.

Les enquêteurs onusiens ont également l’intention d’assurer la responsabilité juridique, y compris la responsabilité pénale individuelle et la responsabilité du commandement. À cette fin, la Commission d’enquête s’engage à enquêter sur les événements actuels et à identifier « les responsables des violations du droit international dans tous les camps, qu’il s’agisse de ceux qui commettent directement des crimes internationaux ou de ceux qui occupent des postes de commandement ». 

A cet égard, elle entend continuer à partager les informations recueillies avec les autorités judiciaires compétentes, en particulier avec la Cour pénale internationale (CPI), où le bureau du procureur a déjà entamé une enquête sur la situation de la Palestine depuis 2021.

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